09 octobre 2011

L'Ecole française authentique de la Franc-Maçonnerie

L’Ecole française authentique de la Franc- Maçonnerie

 Introduction : un symbolisme maçonnique entre la confusion et l’irrationnel.

 

            L’absence de dogmes officiels, qui caractérise la Franc- Maçonnerie, a laissé la voie ouverte à de multiples interprétations de ses symboles et de ses rituels.

            L’historien John HAMILL, Passé Maître de la « Quatuor Coronati Lodge » n°2076 et ancien Bibliothécaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre, a mis en exergue, dans son ouvrage The Craft. A history of English Freemasonry publié en 1986, les quatre principaux courants qui ont en commun une croyance irréfutable en une transmission remontant aux origines de l’humanité et une incapacité affichée de séparer la légende de la véracité historique.

 

1) Le courant romantique.

Il se rattache à la tradition exposée par le pasteur James ANDERSON dans la partie historique de ses Constitutions de 1723 qui met l’accent sur la filiation entre les Francs- Maçons spéculatifs et les Maçons opératifs, eux- mêmes héritiers des bâtisseurs des cathédrales, de Salomon et d’Adam.

Il est également convaincu que la pratique des rituels remonte à des « temps immémoriaux ».

 

2) Le courant ésotérique.

            S’intéressant surtout aux trois premiers grades, il s’attache, pour l’essentiel, à rechercher les similitudes et les liens existant entre les symboles et les rituels maçonniques et les enseignements des autres sociétés initiatiques.

            Son représentant le plus éminent demeure, en Angleterre, John YARKER (1833-1913). Dans son ouvrage majeur, The Arcane Schools (1909), il démontre, en effet, que la Franc- Maçonnerie a existé chez les Maçons opératifs avant de décliner puis de réapparaître, sous une forme pervertie, à la Renaissance. Selon lui, les opératifs étaient de grands intellectuels qui avaient élaboré des concepts repris, à partir du XVIe siècle par les humanistes. En conséquence, la Maçonnerie est véritablement le creuset de toutes les traditions ésotériques.

 

3) Le courant mystique.

            Ses deux principaux porte- parole, outre- Manche, sont le Révérend George OLIVER (1782-1867) et Arthur Edward WAITE (1857-1942).

            Fervent fondamentaliste pré- darwinien, OLIVER est profondément convaincu que la Franc- Maçonnerie est chrétienne et qu’elle s’est perpétuée, sous différentes formes, depuis les débuts de l’humanité.

            Dans sa New Encyclopaedia of Freemasonry (1921), WAITE explique notamment que la Maçonnerie est enracinée dans le système des guildes médiévales mais s’est progressivement transformée en mouvement mystique, particulièrement dans ses structures de hauts grades qui transmettent des « connaissances secrètes », reprenant ainsi la tradition des Mystères du Moyen- Age.

 

4) Le courant symbolique.

            Pour les adeptes de cette interprétation, la compréhension de la Maçonnerie doit passer par une étude comparative de ses rituels et de ses symboles avec ceux des autres traditions religieuses et des différents mouvements messianiques et initiatiques (religions indiennes, cérémonies mayas, culte de Mithra, enseignements des Esséniens …..).

            Ainsi, John Sebastian Marlow WARD (1885-1949), dans ses trois Manuels destinés aux Apprentis, aux Compagnons et aux Maîtres (1923), dont la Grande Loge Unie d’Angleterre a tenu à rappeler fermement en 1987 qu’ils n’avaient aucun statut officiel et engageaient uniquement la responsabilité de leur auteur, rattache la Franc- Maçonnerie aux mystères de l’Antiquité et à l’ensemble des traditions ésotériques.

 

 

Les origines allemande et anglaise de l’Ecole authentique.

 

            La Maçonnologie historique est née en Allemagne dans la première moitié du XIXe siècle avec les recherches de Johann Georg KLOSS (1787-1854), qualifié en 1942 par deux historiens britanniques de l’Université de Sheffield Douglas KNOOP et G.P. JONES de « Père de l’école historique ». Celui- ci publia, en effet, en 1844 l’une des toutes premières bibliographies consacrées à la Franc- Maçonnerie (Bibliographie der Freimaurerei) suivie, en 1847, par L’Histoire de la franc- maçonnerie en Angleterre, en Irlande et en Ecosse puis, en 1852-1853, par les deux volumes de son Histoire de la franc- maçonnerie en France jamais traduits en français.

            Ce courant historique « authentique » est contemporain de l’école historico- critique de Tübingen, à l’origine des nouvelles méthodes de l’exégèse biblique et de la critique historique.

 

            Cette approche historique est ensuite passée au Royaume- Uni avec Robert Freke GOULD (1837-1915), auteur d’une monumentale Histoire de la franc- maçonnerie en six volumes (1882-1887)., William J. HUGHAM (1841-1911) et George W. SPETH (1847-1901) qui, le 28 novembre 1884, obtinrent une patente pour créer la première Loge au monde exclusivement consacrée à la recherche maçonnique : la « Quatuor Coronati Lodge » (« Loge des Quatre Couronnés ») n° 2076.

            Depuis 1886-1888, ce remarquable Atelier publie, de façon permanente et régulière, ses célèbres Transactions, les Ars Quatuor Coronatorum (A.Q.C.). Ses travaux et ses études ont progressivement évacué, et continuent d’évacuer, bien des affabulations colportées, depuis plus de deux siècles, tant par des Francs- Maçons, bien intentionnés mais mal informés, que par leurs détracteurs.

            Dès 1886, la Loge s’est dotée d’un cercle de membres correspondants (Correspondence Circle). En 1970, elle a également créé le Norman B. Spencer Award qui récompense, chaque année, un article inédit présenté anonymement par un membre du Correspondence Circle. Trois Français ont été ainsi distingués : deux Frères de la Grande Loge Nationale Française, Alec MELLOR en 1984 pour Eighteenth- century French Freemasonry and the French Revolution et en 2001 Georges LAMOINE pour The Chevalier de Ramsay’s Oration 1736-1737 : Early Masonry in France, ainsi qu’Alain BERNHEIM désigné en 1986 pour The Dating of Masonic Records et en 1993 pour Masonic Catechisms and Exposures (early English and French).

            Elle a également servi de modèle à de nombreuses loges et cercles de recherche dans les provinces, notamment :

- la « Lodge of Research » n° 2429, consacrée à Leicester en 1892 et qui édite, depuis 1907, des Masonic Reprints ;

- la « Somerset Masters’ Lodge » n° 3746, fondée en 1915 et qui publie régulièrement ses travaux ;

- la Manchester Association for Masonic Research, dont le premier volume des Transactions a été realisé en 1909-1910.

 

            Pro Grand Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre de 1998 à 2009, le Marquis de NORTHAMPTON s’est également efforcé de donner un nouvel élan à la recherche maçonnique.

            Fondé en octobre 1998, le Canonbury Masonic Research Centre se consacre à l’étude de la Franc- Maçonnerie et de l’ésotérisme occidental en sollicitant activement la participation des chercheurs profanes, maçons réguliers et irréguliers (Roger DACHEZ, Pierre MOLLIER et Alain BAUER furent ainsi conviés à y intervenir). En plus de ses conférences mensuelles, il organise en octobre de chaque année un séminaire international. En octobre 1999, le premier, dont les actes furent publiés en 2002, portait sur L’impact social de la Franc- Maçonnerie sur la société occidentale moderne tandis que le douzième, qui s’est tenu les 30 et 31 octobre 2010, s’est penché sur L’Antimaçonnisme dans les espaces européen et nord- américain et dans le monde musulman.

            Cette première initiative a été complétée par le lancement, le 5 mars 2001, du Centre de recherche sur la Franc- Maçonnerie de l’Université de Sheffield, financé conjointement par la Grande Loge Unie d’Angleterre, la Province de West Yorkshire Riding et le Marquis de NORTHAMPTON. Sa direction a été assurée, de 2001 à 2007, par le Professeur Andrew PRESCOTT, un médiéviste détaché de la British Library. Son successeur, jusqu’à la fermeture du Centre intervenue en janvier 2010, fut un universitaire suédois formé en Allemagne, Andréas ÖNNERFORS, qui avait soutenu en 2001 une thèse sur la Poméranie suédoise entre 1720 et 1815.

 

            La Grande Loge d’Irlande s’est également dotée, en septembre 1914, d’une structure de recherche identique, la « Lodge of Research » n° CC dont les deux plus éminents membres, dans l’entre deux guerres, furent John HERRON LEPPER et Philip CROSSLE, auteurs d’une pointilleuse History of the Grand Lodge of Fee and Accepted Masons of Ireland, publiée en 1925 et qui fait toujours autorité.

 

            Fondée en mai 1991 sous l’égide du Suprême Conseil de la Juridiction Sud des Etats- Unis, la Scottish Rite Research Society porte plus particulièrement son intérêt, à travers sa revue annuelle HEREDOM, aux origines, aux sources, à l’implantation et au développement des hauts grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

 

 

L’Ecole authentique dans la Franc- Maçonnerie régulière française : d’un rôle pionnier  à un irrémédiable déclin. 

 

« Saint Claudius » N° XXI : première Loge de recherche de la Franc- Maçonnerie française.

 

            Dès le début des années 1920, la toute nouvelle Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises s’était efforcée de mettre l’accent sur la formation de ses membres au travers des classiques Loges d’instruction. Un groupe de jeunes Maîtres, aussi satisfaits qu’enthousiastes, sous la houlette de Norman S.H. SITWELL (1876-1931) un ressortissant anglo- irlandais initié au Bengale en 1904 et arrivé en France au début des années 1920, conçut alors le projet de fonder un atelier exclusivement voué à la recherche sur le modèle de la « Quatuor Coronati » n° 2076 dont celui- ci était membre correspondant depuis 1910. Aussi, choisirent- ils comme nom distinctif Saint Claudius, le premier des quatre Martyrs couronnés.

            La cérémonie de Constitution eut lieu le 31 octobre 1925 en présence du Grand Maître Charles BARROIS. Rattaché à la Grande Loge Provinciale de Neustrie, le nouvel Atelier se réunissait au siège de l’obédience, 42 rue de Rochechouart (9e), le premier mardi des mois de novembre (Installation), décembre, février, mars, avril et mai.

            En hommage au « Centre des Amis » n° 1, qui lui avait offert ses sautoirs historiques, il décida de travailler au Rite Ecossais Rectifié. Il comprenait des membres de plein exercice, dont le nombre ne devait pas dépasser la centaine, et un cercle de correspondance largement ouvert aux Maîtres Maçons éloignés géographiquement à l’image de Philip CROSSLE, l’inamovible secrétaire de la Loge irlandaise de recherche. La qualité de Membre d’Honneur fut également décernée à des chercheurs prestigieux comme Arthur Lionel VIBERT et Henry Thomas CART DE LA FONTAINE, deux Passés Maîtres de la « Quatuor Coronati Lodge ».

            Jusqu’à sa disparition prématurée en 1931, la coordination du travail fut assurée par l’intrépide N.S.H. SITWELL qui occupa la chaire à deux reprises (1925-1927 et 1929-1930). Ce rôle fut ensuite dévolu à son dévoué secrétaire W.J. COOMBES (Vénérable Maître en 1930-1931) assisté par H.C. MAMLOCK (VM en 1930-1931), O.F. BAERLEIN (VM en 1933-1934) et C.E. MARKHAM, secrétaire de 1934 à 1937.

 

            Entre 1925 et 1937, furent publiés dix petits opuscules de comptes rendus des principaux travaux organisés autour de quatre orientations thématiques.

1° Le symbolisme maçonnique et ses sources, illustré par la conférence inaugurale de SITWELL, la Légende d’Hiram, et Le Grade de Compagnon par J.T. THORP.

2° L’histoire de la Franc- Maçonnerie française au travers notamment de la publication de documents inédits en provenance de la Grande Loge d’Ukraine par Nicolas CHOUMITZKY (Relations entre la Franc- maçonnerie française et la Franc- maçonnerie anglaise : Etienne Morin ;  La Loge, le Chapitre d’Arras et la Bulle de Charles Edouard Stuart) sans omettre la découverte, par SITWELL, des archives de l’Anglaise de Bordeaux, dont il publia des extraits significatifs, et la conférence du premier Grand Maître Edouard de RIBAUCOURT, Historique du Réveil de la Franc- Maçonnerie régulière en France par la Grande Loge Nationale, version condensée des premiers chapitres d’un ouvrage qu’il n’eut pas le temps d’achever.

3° L’histoire de la Maçonnerie étrangère appréhendée grâce aux contributions d’A. FENERDJIAN, La Franc- maçonnerie parmi les Arméniens au Proche Orient, et L.S. YOUNG, La Franc- maçonnerie en Egypte.

4° Les démonstrations rituelles effectuées par des équipes : anglaise (Bristol Working), écossaise (Glasgow Working) et irlandaise (Irish Working).

 

            Mise en sommeil en 1939, « Saint Claudius » n° XXI reprit ses activités en 1956, à l’initiative du Grand Maître Provincial des Flandres Pierre de RIBAUCOURT, avant de disparaître en 1958 lors de la scission qui donna naissance à la Grande Loge Traditionnelle Symbolique « Opéra ».

 

La « Loge des Vénérables Maîtres du Nord de la France » n° 28.

 

            Reprenant un usage très présent dans la Franc- Maçonnerie britannique, vingt sept Vénérables et Passés Maîtres d’Ateliers travaillant aux orients de Calais, Lille, Dunkerque, Boulogne et Saint- Omer, avec l’appui de plusieurs Frères des provinces du Kent et du Buckinghamshire, constituèrent, le 23 mars 1929, la « Loge des Vénérables Maîtres du Nord de la France ».

            L’objectif de cet Atelier itinérant, travaillant en anglais et dont le siège avait été fixé à Calais, était de préserver la culture et les pratiques de la Maçonnerie régulière. Au cours des dix années de son existence, les sujets suivants, portant sur l’histoire de la Franc- Maçonnerie et ses rituels, furent ainsi abordés :

- Freemasonry in France during the 18th century,

- God and the Religion of Masonry,

- Roman Catholicism and Freemasonry,

- The Ancient Landmarks,

- What can you tell outsiders about Masonry,

- Candidates and their Masonic Education,

- The Worshipful Master : His Office and its responsibilities,

- Notes on the Bristol Working with explanation as to its origin.

 

            Une nouvelle Loge consacrée à la recherché et à l’étude, « Sagesse » n° 50 fut constituée au sein de la Province de Flandre le 5 novembre 1955. Mise en sommeil lors de la crise de 1958, elle a été réveillée le 21 octobre 1989.

 

« Villard de Honnecourt » n° 81.

 

            « Villard de Honnecourt » a été crée le 29 octobre 1964 à l’initiative de Jean BAYLOT, déjà auteur maçonnique fécond qui venait de publier une brochure sur l’histoire de la GLNF à l’occasion de son cinquantenaire, pour être, à la fois, la continuatrice de « Saint Claudius » et la « Quatuor Coronati » française.

            Sous son impulsion, puisqu’il en fut le dévoué secrétaire jusqu’à sa disparition en 1976, l’Atelier se consacra quasi exclusivement à des travaux historiques qui, dès 1965, furent publiés dans ses Cahiers.

            Il sut, par ailleurs, s’entourer d’un groupe de collaborateurs d’une rare érudition, notamment : Jean TOURNIAC pour le Rite Ecossais Rectifié, Pierre MARIEL pour l’Arche Royale, Paul NAUDON et Félix BONAFÉ pour le Rite Ecossais Ancien et Accepté, Alec MELLOR, Jean BOSSU et Alain BERNHEIM pour l’histoire maçonnique sans omettre deux éminents universitaires de la Section religieuse de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Antoine FAIVRE, titulaire de la chaire de l’ésotérisme occidental, et Jean- Pierre LAURANT, spécialiste reconnu de l’œuvre de René GUÉNON.

            A ce titre, Jean BAYLOT participa à la Tenue exceptionnelle organisée, le 28 juin 1967, par la « Quatuor Coronati Lodge » à l’occasion du 250ème anniversaire de la création de la première Grande Loge. Le manuscrit de la brochure qu’il réalisa à cette occasion et qui ne fut jamais publié est conservé aux Archives de la GLNF, sous la cote 22WB4, et le titre, Le 250ème Anniversaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre 24 Juin 1717. Célébré à Londres le 27 Juin 1967 et commémoré le 28 juin à la Loge de Recherches Quatuor Coronati 2076 – Avant- propos de Jean BAYLOT, GMP GLNF – Histoire des Cent premières années (1717-1817) par A.R. HEWITT, PGDC, Bibliothécaire et Conservateur du Musée de la GLU d’A. PM de la Loge.

 

            Erigé en Loge nationale de recherche par la volonté du Grand Maître Auguste- Louis DEROSIERE et de ses successeurs, qui en désignent désormais le Vénérable Maître, l’Atelier a connu une nouvelle impulsion historique sous les Vénéralats de Frédérick TRISTAN et Roger GIRARD (1982-1985), assistés par des Frères éminents venus avec eux, en 1978, de la Loge Nationale Française (Edmond MAZT, Jacques THOMAS et Gilles PASQUIER).

            Sous leur égide, furent ainsi publiés, dans les onze premiers numéros de la 2ème série des Cahiers, les traductions commentées des textes fondateurs de la Franc- Maçonnerie.

 

            A partir de 1985, sous l’influence de Vénérables Maîtres plus attachés à la dimension symbolique de la Franc- Maçonnerie, « Villard de Honnecourt », délaissant les travaux historiques, s’est efforcée à présenter désormais aux Frères de l’Obédience tous les courants philosophiques susceptibles de nourrir leur parcours initiatique.

            Elle entend se poser aujourd’hui comme un acteur important du débat contemporain sur la spiritualité.

            Les Loges provinciales de recherche s’inscrivent également dans ce mouvement à l’exception toutefois des Cahiers d’Occitanie qui, sous la houlette de son directeur Jean- Pierre LASSALLE et son rédacteur en chef Georges LAMOINE, continuent à publier des contributions sur l’histoire maçonnique locale.

 

« Phoenix Lodge » n° 30.

 

            Fondée le 15 juin 1929 par des Frères démissionnaires de l’”Anglo- Saxon Lodge” n° 343 dépendant de la Grande Loge de France, “Phoenix Lodge” a été reveille le 12 mai 1956 avant d’être transformée par le Grand Maître Ernest VAN HECKE, à partir de 1969, en Loge de recherche en langue anglaise.

            Ses travaux, portant principalement sur l’histoire de la Franc- Maçonnerie, ont été regroupés, jusqu’en 1992, dans seize volumes de Transactions. De remarquables historiens anglophones en ont été les animateurs durant cette période, notamment Cyril N. BATHAM , secrétaire de la « Quatuor Coronati Lodge » et éditeur des A.Q.C. de 1972 à 1985, Alec MELLOR et John KETLEY.

            Rattaché à la province de Lutèce et actuellement en phase de reconstruction, l’Atelier alterne désormais ses conférences en français et en anglais.

 

 

L’Ecole authentique dans les autres Obédiences françaises : une multiplicité des pôles de recherche.

 

Les pionniers : Marius LEPAGE et René GUILLY.

 

            Disciple d’Oswald WIRTH, rédacteur puis directeur de sa revue Le Symbolisme et parfaitement bilingue, Marius LEPAGE (1902-1972) ne manqua pas d’être interpellé par les travaux de la « Quatuor Coronati Lodge » dont il possédait d’ailleurs toutes les Transactions ainsi que les exemplaires rarissimes des Early Masonic Catechisms et des Early Masonic Pamphlets qu’il avait obtenus du Frère KNOOP avec lequel il était entré en relation peu de temps avant sa mort. Il devait ultérieurement les faire découvrir à René GUILY avec lequel il avait noué une profonde amitié et un authentique compagnonnage intellectuel.

            L’exceptionnelle érudition de Marius LEPAGE lui valut d’ailleurs d’être admis, en 1946, au sein de la prestigieuse académie de recherche nord- américaine, la Philalethes Society, qui devait l’exclure de ses rangs en 1955 en raison de son appartenance au Grand Orient de France.

 

            Initié en 1951 dans la Loge « La Clémente Amitié » du GODF, René GUILLY (1921-1992) conçut alors le projet de retrouver les véritables origines de la Franc- Maçonnerie française. Il fonda alors, en 1955, la Loge « Du Devoir et de la Raison » d’où devait sortir le Rite Moderne Français Rétabli dénommé Rite Français Traditionnel. L’un des premiers, l comprit la nécessité impérieuse pour les Maçons français de retrouver et d’étudier les origines britanniques de l’Ordre.

            La création, en octobre 1958, de la Grande Loge Symbolique et Traditionnelle- Opéra par des Frères dissidents de la GLNF lui permit d’être Exalté à l’Arche Royale avant d’être armé CBCS par le Grand Prieur de France Pierre de RIBAUCOURT en 1962. Il occupa ensuite, de 1965 à 1967, la fonction de Trésorier fédéral dans la nouvelle Obédience qu’il avait rejoint en 1964.

 

            Le 26 avril 1968, il décida de créer la Loge Nationale Française, une fédération de Loges libres regroupant aujourd’hui vingt Ateliers dont cinq Loges d’études et de recherches :

- « Louis de Clermont », pour le Rite Français Traditionnel ;

- « Le Vray Désir » et « Louis- Claude de Saint- Martin », pour le Régime Ecossais Rectifié ;

- « William Preston » (qui diffuse ses travaux sur le Web), pour le Rite Emulation ;

- « Héraldica », pour le décryptage des sceaux et des blasons.

 

            Dans le numéro 11 de sa revue Renaissance traditionnelle, en juillet 1972, René GUILLY a expliqué, en ces termes page 214, la signification de son engagement.

« Je suis un maçon traditionaliste. Je reconnais le bien- fondé spirituel et traditionnel des points essentiels énoncés en 1929 par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Mais je conteste l’application temporelle qui en est faite ........ La Tradition maçonnique véritable n’appartient nullement au passé. Elle est totalement vivante. Mais ces procédés totalitaires, eux, sont périmés définitivement et leur survivance n’est que la honte de notre Ordre et de certains pays. Ils sont la négation de tout universalisme et de tout œcuménisme ».

 

« Renaissance traditionnelle », une revue maçonnique incontournable.

 

            Lancée en janvier 1970 par René GULLY, sous le pseudonyme de René DÉSAGULIERS (par discrétion, en raison de sa situation de haut fonctionnaire : Conservateur en chef des Musées de France et de Professeur titulaire à l’Ecole du Louvre), « Renaissance traditionnelle est une revue sans aucune attache obédientielle. Elle n’a qu’un seul but : susciter et publier des études, apporter des documents qui fassent mieux comprendre et aimer la tradition maçonnique dans sa double dimension historique et spirituelle ».

            La revue a ainsi introduit et mis en œuvre en France le concept nouveau d’une recherche historique et traditionnelle fondée sur les méthodes rigoureuses du travail universitaire et de l’érudition classique.

 

            Sous sa direction, entre 1970 et 1992, furent publiés 90 numéros représentant plus de 7000 pages. Parmi ses nombreux travaux ainsi édités, il convient de mentionner plus particulièrement, ses traductions des Early Masonic Catechisms, son étude du Régime Ecossais Rectifié sur le triple plan de l’histoire, des rituels et du symbolisme, ses recherches sur l’apparition de l’Ecossisme en France et son enquête inachevée sur les Pierres de la Franc- Maçonnerie.

            Depuis 1992, la direction de la revue est assurée par son élève Roger DACHEZ tandis que la fonction de rédacteur en chef a été confiée à Pierre MOLLIER, Directeur de la Bibliothèque, du Musée et des Archives du GODF. Poursuivant leur collaboration avec des historiens réputés (Laurent BASTARD, Alain BERNHEIM, Thierry BOUDIGNON, Michel BRODSKY, Henry CACHIN, Serge CAILLET, Georges LAMOINE, Jean- Pierre LASSALLE, Jean- Pierre LAURANT, Jean- Michel MATHONNIERE, Marc MIRABEL et Pierre NOËL), ils organisèrent, en outre, plusieurs colloques (Les grands convents maçonniques en 1995, Les hauts grades aux XVIIIe et XIXe siècles en 1996, De la Maçonnerie opérative à la Franc- Maçonnerie spéculative : filiations et ruptures en 1999, Le légendaire maçonnique : rêve et initiation en 2002).

            En 2010, la collection complète de Renaissance traditionnelle représentait 160 numéros et plus de 10000 pages.

 

Une foison de centres de recherche.

 

            Après la Seconde Guerre Mondiale, les Obédiences maçonniques se sont progressivement dotées de cercles d’études historique.

            La première fut la Grande Loge de France qui, dès 1951, a mis en place une Commission d’Histoire et de Documentation Maçonniques longtemps animée par Albert MONOSSON et, depuis 1993, par Jean- Yves GOEAU- BRISSONNIERE. Elle organise des conférences le quatrième lundi de chaque mois.

            L’IDERM (Institut d’études et de recherches maçonniques)  a été créé en 1974 par le Grand Orient de France pour promouvoir, soutenir et favoriser les recherches historiques se rapportant à la Franc- Maçonnerie. Présidé de 1985 à 2000 par l’ancien Grand Maître Paul GOURDOT, lui même Docteur en Histoire et Chargé de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de 1987 à 1991, et aujourd’hui par l’historien incontournable de l’Obédience, l’Agrégé d’histoire André COMBES, il se réunit le troisième jeudi de chaque mois et publie des Chroniques annuelles.

            Il convient également de mentionner les Commissions d’Histoire de la Grande Loge Féminine de France, qui ainsi effectué un dépouillement exhaustif des archives des Loges d’adoption conservées dans le Fonds ruse de la GLDF, et du Droit Humain présidée par l’historienne Andrée PRAT.

 

            L’Institut Maçonnique de France (IMF), fondé en 2002 à l’initiative des neuf obédiences composant « La Maçonnerie Française » et dont la présidence a été confiée à Roger DACHEZ, s’attache à faire connaître les valeurs culturelles et éthiques de la Franc- Maçonnerie à travers son patrimoine historique, littéraire et artistique.

            Il organise ainsi, chaque année, le Salon du Livre Maçonnique.

 

            Une mention particulière doit enfin être faite à la Société d’Etudes et de Recherches sur l’Ecossisme (SFERE), fondée en 2004 à l’occasion du bicentenaire de l’introduction du Rite Ecossais Ancien et Accepté en France et qui organise chaque année un colloque dont les Actes sont publiés (Comprendre l’écossisme en 2005. Le Rose- Croix parfait maçon et parfait chrétien ; le grade de Rose Croix et le christianisme primitif  en 2006).

 

 

Conclusion : l’Ecole authentique et la recherche universitaire.

 

            Les années 1960 constituent un tournant dans la Maçonnologie, balbutiante jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale hormis les travaux de René LE FORESTIER, L’Occultisme et la Franc- Maçonnerie (1928) et son œuvre posthume, La Franc- Maçonnerie templière et occultiste au XVIIIe siècle (publiée seulement par Antoine FAIVRE en 1970) et de la chartiste Alice JOLY, Un mystique lyonnais et les secrets de la Franc- Maçonnerie. Jean- Baptiste Willermoz, 1730- 1824 (Mâcon, 1938).

            Les historiens entreprennent alors des travaux historiques de synthèse portant sur l’histoire générale de l’Ordre ou des moments stratégiques de son histoire, comme Pierre CHEVALLIER, Les Ducs sous l’acacia, ou les Premiers Pas de la franc- maçonnerie française, 1725- 1743 (Paris, 1968) ou Daniel LIGOU, Frédéric Desmons et la Franc- Maçonnerie sous la IIIe République (Paris, 1966).

            D’autres travaux ont permis d’éclairer, au travers d’études régionales, les processus évolutifs de la sociabilité maçonnique en s’inscrivant dans les chantiers ouverts par Maurice AGULHON, Pénitents et Francs- Maçons de l’ancienne Provence (Aix, 1966), Albert LADRET, Le Grand Siècle de la Franc- Maçonnerie. La Franc- Maçonnerie lyonnaise au XVIIIe siècle (Paris, 1984).

 

            Aujourd’hui, la recherche s’oriente vers l’anthropologie historique avec des thèses sur :

- les groupes socio- professionnels (Jean- Louis QUOY- BODIN, L’Armée et la Maçonnerie au déclin de la Monarchie, sous la Révolution et l’Empire, Paris IV, 1980) ;

- les obédiences (Françoise JUPEAU- REQUILLARD, La Grande Loge Symbolique Ecossaise, 1880- 1911. Le changement dans l’institution maçonnique, Dijon 1989) ;

- l’antimaçonnisme (Dominique ROSSIGNOL, Vichy et les francs- maçons, Paris, 1981) ;

- les rapports avec l’Eglise (Jérôme ROUSSE- LACORDAIRE, Rome et les francs- maçons, histoire d’un conflit, Paris, 1996) ;

- le cosmopolitisme au XVIIIe siècle (Pierre- Yves BEAUREPAIRE, L’Autre et le Frère ; l’étranger et la franc- maçonnerie en France au XVIIIe siècle, Paris, 1998) ;

- les mutations culturelles liées à l’évènement révolutionnaire (Eric SAUNIER, Révolution et sociabilité en Normandie au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. 6000 francs- maçons de 1770 à 1830, Rouen, 1998).

 

            Toutefois, le fossé n’a cessé de s’élargir entre :

 

- les maçons- historiens, partagés entre ceux qui tentent d’affirmer leur propriété exclusive du sujet et d’autres qui considèrent que leur initiation (ou leur accession à de hautes charges administratives ou à de hauts grades symboliques) leur a, ipso facto, conféré la qualité d’historiens patentés. L’exemple le plus navrant reste certainement celui de l’ancien Grand Secrétaire de la GLNF, le Député Grand Maître d’Honneur Yves TRESTOURNEL, qui n’hésita pas, en 2000- 2001, à utiliser un « nègre » pour rédiger son ouvrage, Les Francs- Maçons à l’aube du troisième millénaire, dont la diffusion demeura confidentielle.

 

- une poignée d’universitaires qui tentent de sortir de l’impasse « maçonnologique ». Après avoir privilégié l’Ancien Régime à travers les journées d’étude organisées sous l’égide du Centre d’Etude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIe et XVIIIe siècles de l’Université de Paris IV- Sorbonne (La plume et le compas en 2006, Franc- Maçonnerie et institutions de l’Ancien Régime en 2007, Les réseaux maçonniques dans le monde des Lumières en 2008), ils organisent désormais d’imposants colloques thématiques à l’Université de Nice- Sophia- Antipolis, sous la direction du Professeur Pierre- Yves BEAUREPAIRE (La Franc- Maçonnerie en Méditerranée, XVIIIe- XXe siècles en 2006, Diffusions et circulations maçonniques en Europe et en Méditerranée, XVIIIe- XXe siècles en 2007 et à l’Université Michel de Montaigne de Bordeaux, sous la direction du Professeur Marie- Cécile REVAUGER (Esclavage et Franc- Maçonnerie en 2009, Les femmes et la Franc- Maçonnerie des Lumières à nos jours en 2010).

 

            Aussi, pour conclure sur une note positive, il convient de souligner l’initiative intéressante menée à un échelon local, depuis une dizaine d’années, par le Collège d’Histoire Maçonnique de l’Aunis et la Saintonge (CHIMAS), structure indépendante de toute attache obédientielle qui réunit, au sein d’un même groupe de travail, des historiens, Maçons et non Maçons, et dont les huit premiers volumes des Actes font déjà autorité.

 

 

Francis DELON

Vénérable Maître « Saint Claudius » n° 21

Loge Nationale de Recherche Historique de la GLNF

(25 janvier 2011)

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

 

- Le Franc- Maçon face à sa mémoire, Actes du Collège d’Histoire Maçonnique de l’Aunis et la Saintonge, n° 7-8, 2009, pp. 1-45.

 

- BERNHEIM (Alain), Hommage à « Saint- Claudius » N° 21. La première Loge d’études fondée en France, Les Cahiers Villard de Honnecourt, 2009, n° 72, pp. 25-36.

 

- BERNHEIM (Alain), GOULD  Robert Freke, Encyclopédie de la Franc- Maçonnerie, sous la direction d’Éric SAUNIER, 2000, pp. 342- 343.

 

- BERNHEIM (Alain), GUILLY René, Encyclopédie de la  .....op. cit. pp. 391- 392.

 

- BERNHEIM (Alain), KLOSS Johann Georg, Encyclopédie de la  .....op. cit. pp. 468- 469.

 

- BERNHEIM (Alain), LEPAGE Marius, Encyclopédie de la  .....op. cit. pp. 489- 490.

 

- CHOUMITZKY, Histoire de la Loge de Recherches « Saint Claudius », Travaux de Villard de Honnecourt, 1969, pp. 66- 70.

 

- CURRIE (Russell), Seventy Five Years of the Lodge of Research, The Lodge of Research N° CC, Ireland. Trannsactions for the years 1989- 1990, Volume XXI, 1991, pp. 35- 67.

 

- DELON (Francis), “Saint Claudius N° XXI” : première Loge de recherches de la Franc- Maçonnerie française, Les plus belles pages de la Franc- Maçonnerie française, Institut Maçonnique de France, 2003, pp. 176- 181.

 

- DELON (Francis), Hommage à Marius Lepage (1902-1972). Marius Lepage et la GLNF, Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, 2004, n° 55, pp. 65- 119.

 

- DYER (Colin), The history of the first 100 years of Quatuor Coronati Lodge N° 2076, 1986, 63 p.

 

- GOEAU- BRISSONNIERE (Jean- Yves), Chronique d’un demi- siècle d’histoire à la Grande Loge de France (5951- 6001), Cahiers de la Grande Loge de France, 2002, 81 p.

 

- HAMILL (John), The Craft. A history of English Freemasonry, 1986, 191 p.

 

- HIVERT- MESSECA (Yves), BAYLOT Jean, Encyclopédie de la  .....op. cit. pp. 69- 70.

 

- HIVERT- MESSECA (Yves), Historiographie, Encyclopédie de la  .....op. cit. pp. 405- 407.

 

- The Jubilee of French Regular Fremasonry. History of Regular Fremasonry, 1913- 1963 :

. Saint Claudius – N° 21, pp. 108- 110.

. Loge des Vénérables Maîtres du Nord de la France – N° 28, p. 115.

. Phoenix – N° 30, p. 117.

. Sagesse – N° 50, p. 127.

 

- Quatuor Coronati, Dictionnaire de la Franc- Maçonnerie, sous la direction de Daniel LIGOU, 4ème édition, 1998, pp. 1000- 1001.

 

- Recherches (loge de), Dictionnaire de la ....... op ; cit. p. 1013.

 

 

Source Internet

 

 

- BERNHEIM (Alain), Hommage à René Guilly, Pietre- Stones. Review of Freemasonry, 1996.

- Canonbury Masonic Research Centre.

- Loge Nationale Française.

- Renaissance traditionnelle.

- Sheffield Centre for Research into Masonry.

- Société d’Etudes et de Recherches sur l’Ecossisme (SFERE),

 

 

Archives de la Grande Loge Nationale Française

Archives centrales du boulevard Bineau (série WB)

 

 

- « Saint Claudius » n° 21 :

. Constitution (1924-1925)  [3WB9]

. Convocations (1925-1958)  [1WB12]

. Correspondance (1925-1939)  [3WB12] ; (1925-1958)  [1WB13]

. Conférences (1926-1939)  [3WB10]

. Registre des procès- verbaux (1935-1939)  [1WB5]


- « Loge des Vénérables Maîtres du Nord de la France » n° 28 :

. Convocations, correspondance (1928-1938)  [28WB33]

. Conférences et travaux (1930- 1937)  [28WB34]


- « Phoenix Lodge » n° 30 :

. Convocations (1970-1976)  [29WB11]

. Correspondance (1968- 1970)  [4WB32] ; (1971- 1976)  [29WB17]


- « Sagesse » n° 50 :

. Constitution, convocations (1955-1957)  [16WB3]

. Convocations, correspondance (1958)  [37WB31]

 

Francis DELON

Archiviste et historien

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